Par Sandrine Ayrole - Responsable du soutien à la création photographique - ministère de la culture commissaire d’exposition
Texte de catalogue d’exposition pour l’exposition Arsenic et vieilles dentelles à la galerie Utrillo de Pierrefitte
[…] Caroline Vaillant fédère grâce au maillage d’un tricot. S’installant pour un temps sur une petite ile scandinave, dans le 13 ème arrondissement parisien ou encore dans un village au centre de la France, l’artiste invite les habitants à tricoter ensemble et à poser devant son appareil photographique. Le tricot permet ici de nouer avec un public-acteur de l’oeuvre. En effet, Network, titre de la série photographique, est également l’objet confectionné patiemment, tour à tour, par des personnes qui se trouvent ainsi reliées entre elles. Il grossit au fur et à mesure des rencontres et prend corps dans les images en une masse laineuse informe plus ou moins envahissante.
La série Network rend palpable un espace social par le truchement des tricoteurs en action. De même, l’artiste lie cette entité sociale au territoire sur lequel l’action s’installe, toujours représenté en arrière-plan des photographies.
Ainsi, à partir de cette unité de temps, d’action et de lieu, le spectateur peut croire à une légende autour de la pratique du tricot. Au détour de pérégrinations, Caroline Vaillant, traqueuse de tricotophiles, déniche les tricoteurs au fond d’eux-mêmes et surprend des scènes sensiblement surréalistes dans lesquelles une famille ou des adolescents s’adonnent à la pratique.
Le médium photographique témoigne de ces séances secrètes de Franc-tricotage dans lesquels représentation humaniste et mise en scène plasticienne se côtoient.