Par Frédérique Bernard - Professeure de philosophie (esthétique) chargée de mission - projets artistiques
Texte de projet de résidence pour le CNC-DICREAM et l’agence artistique Des ricochets sur les pavés
Outillés d’une paire d’aiguilles et d’une pelote de laine les participants sont invités à créer une forme matérielle textile qui les relie entre eux, redoublée de cette autre forme qu’est la photographie numérique. Les tricoteurs se font artisans d’un tricot-réseau qui s’écrit à plusieurs mains.
Il est moins ici question de vivre une expérience que de faire une expérience plastique, au sens premier du latin « faber » : fabriquer de ses mains un artefact ouvert à la multiplicité des possibles. C’est dans ce « faire » qui engage la main et avec elle, le corps et l’esprit, que le participant trouve sa place au sein d’un réseau dont il n’est plus seulement l’usager ou le consommateur. En manipulant la forme, en créant lui-même la trame des connexions et des interactions, il se fait artisan, producteur de formes, « homo faber » au sens où Bergson l’entendait :cet être dont la spécificité est de fabriquer des objets artificiels, « en particulier des outils à faire des outils et d’en varier indéfiniment la fabrication ».
Immersive, l’expérience l’est ainsi parce qu’elle engage le participant-tricoteur à prendre part tout entier dans la fabrique du réseau, à s’investir dans la production même d’une installation photographiée dont la raison d’être est de rendre compte du jeu infini des interactions et des partages avec autrui.