Par Léo Henry - Ecrivain
Poème écrit pour l’’exposition Points de jointure Manoir Gainville Ecole d’Art Claude Monet Aulnay-sous-Bois Commissariat Michèle Peinturier Kangansky et Frédéric Ballesteros
Le fil plié, de nœud en nœud, fait surface,
se lie à lui-même, s’élargit et recouvre.
Le fil s’étire
depuis les aiguilles de la grand-mère
jusqu’à l’enfant dans son berceau ;
le fil remonte,
il raconte mille générations,
et ces surfaces immenses
qui abritent nos anciens
depuis longtemps disparus.
Le réseau tricoté
porte toutes les rencontres
qui ont présidées à sa réalisation,
garde une trace de ces échanges,
redoublée par des photos de sa venue au monde,
par les témoins des évolutions
de ce témoin hybride,
organique et conceptuel,
concret, imaginaire.
Replié,
nappe contre nappe,
en tas,
le tricot-réseau fait volume ;
un filet,
un peloton,
un vide appelant son plein,
Et je regarde le tricot,
ses dix mille points qui le nouent à lui-même,
ses dix mille marques imprimées depuis vingt ans
par cent mains, deux à deux,
et je vois des gestes au-delà de tous les corps,
de toutes les intentions,
de tous les récits,
et cet objet que je regarde
m’est étrange,
il m’est inquiétant,
il m’est monstrueux,
et,
en même temps,
tout à fait
rassérénant.